En 2025, la France affiche un taux d’emploi record de 69,6 % parmi les 15-64 ans—un progrès indéniable, mais qui demeure loin derrière ses principaux voisins européens : en Allemagne, le taux s’établit à 76,8 % et aux Pays-Bas à 82,4 %. Cet écart structurel n’est pas qu’une question de comparaison internationale : il constitue le cœur des déséquilibres français en matière de financement du chômage, des retraites et de la sécurité sociale.
En effet, le taux d’emploi agit comme le moteur central de la solidité financière de nos grands régimes sociaux : une population active plus large, c’est d’abord plus de cotisations collectées, moins de personnes dépendantes des prestations sociales, et un cercle vertueux pour la croissance et la soutenabilité budgétaire. À l’inverse, un taux d’emploi insuffisant alourdit la charge pesant sur les comptes publics.
Voilà pourquoi l’augmentation du taux d’emploi s’impose comme la “mère de toutes les réformes” : c’est le levier fondamental pour consolider durablement le modèle social français et pouvoir financer ses ambitions collectives sur le long terme.
Le taux d’emploi désigne la part des personnes en âge de travailler (15-64 ans) qui occupent un emploi, tous statuts et temps de travail confondus ; c’est un indicateur central du dynamisme économique et social selon l’INSEE, et l’un des baromètres les plus suivis en Europe.
En 2025, le taux d’emploi atteint un niveau historique de 69,6 % chez les 15-64 ans, un progrès notable par rapport à 2019 (66,8 %) mais encore insuffisant pour rattraper les standards européens.
Chez les jeunes (15-24 ans), le taux est de 35,0 %, et il grimpe à 83,1 % pour les 25-49 ans.
Pour les seniors (50-64 ans), le taux s’affiche à 69,4 %, avec un record de 61,8 % chez les 55-64 ans, soit plus de 6 points gagnés en six ans—une progression remarquable mais un retard persistant sur l’Allemagne.
L’écart avec nos voisins reste marqué : en 2022, l’Allemagne affichait un taux d’emploi de 76,8 % (+7 points d’écart), et les Pays-Bas culminaient à 82,4 %. Dans ces pays, la mobilisation des seniors et l’intégration forte des jeunes expliquent une part importante de la performance globale.
Si la France rejoignait le niveau allemand, cela représenterait 3,6 millions d’emplois supplémentaires et près de 38 milliards d’euros de recettes publiques gagnées chaque année.
Depuis 2003, la France a enregistré une hausse continue du taux d’emploi, mais la dynamique reste freinée notamment par une sous-intégration des jeunes sur le marché du travail et un décollage tardif de l’emploi des seniors.
Malgré les réformes récentes, la part du temps partiel et du sous-emploi reste un enjeu structurel, tout comme la part encore élevée de jeunes ni en emploi ni en formation (12,8 % en 2025).
Un alignement sur les performances européennes constituerait donc un levier majeur pour la prospérité française, tant pour la compétitivité que pour l’équilibre de la protection sociale.
Un taux d’emploi trop faible a des conséquences majeures sur les finances publiques et l’équilibre de la protection sociale : il réduit le montant des cotisations perçues pour financer le chômage, les retraites et la sécurité sociale, tout en augmentant le poids des dépenses sociales. Sans parler des conséquences sociales, de la rupture du lien social.
Un alignement sur le taux d’emploi allemand permettrait à la France de gagner près de 15 milliards d’euros de cotisations sociales supplémentaires par an, uniquement par la hausse du nombre de personnes en emploi.
En créant 3,6 millions d’emplois en plus, la France accroîtrait aussi ses recettes de CSG et de cotisations retraite, limitant le déficit chronique du système par répartition et renforçant la pérennité de la Sécurité sociale.
À l’inverse, le sous-emploi fragilise le financement des régimes, obligeant à augmenter la fiscalité ou à réduire les droits sociaux.
Chaque actif valide des trimestres et alimente financièrement le régime, tandis qu’une faible proportion d’actifs par rapport aux retraités creuse le déficit, faute de ressources nouvelles.
Selon le Conseil d’orientation des retraites (COR), le déficit du système pourrait passer de 6,6 milliards d’euros en 2025 à un niveau maximal de 31,6 milliards d’euros en 2045, si le taux d’emploi des seniors et le nombre d’actifs stagnent.
L’essentiel des difficultés actuelles provient non pas d’une hausse incontrôlée des dépenses, mais d’un manque de recettes lié à une dynamique trop faible de l’emploi.
En Allemagne, diverses réformes (report et suppression des départs anticipés, incitation à l’emploi des seniors) ont permis de hisser le taux d’emploi des 55-64 ans à 75,2 %, contre 66,1 % en France.
Aux Pays-Bas, le taux d’emploi des seniors atteint 73,1 %, grâce à la suppression des régimes de préretraite et à une adaptation des postes de travail pour allonger les carrières.
Ces pays démontrent que la mobilisation de toutes les classes d’âge, et en particulier des seniors, permet de renforcer durablement la viabilité financière des régimes de retraite, tout en limitant la pression sur la génération active.
Déficit d’emploi chez les seniors : la France accuse un écart particulièrement marqué pour les 60-64 ans par rapport à la moyenne européenne et nordique, du fait de départs anticipés, de discriminations à l’embauche et d’un manque d’adaptation des postes de travail.
Discriminations à l’embauche : les seniors, les femmes, et certains publics vulnérables rencontrent des obstacles récurrents à l’accès à l’emploi, en particulier faute de politiques inclusives ou de dispositifs de lutte contre les biais dans les processus de recrutement.
Déficits de formation et inadéquation des compétences : de nombreux recrutements sont abandonnés faute de candidats adaptés ; le manque de formation continue et l’inadéquation entre l’offre et la demande de compétences aggravent les tensions sur le marché du travail, notamment dans les secteurs en tension comme le BTP ou les services à la personne.
Freins périphériques : difficultés d’accès aux modes de garde, à la mobilité, à un logement stable, à la santé ou à la maîtrise de la langue : ces obstacles sociaux et territoriaux touchent particulièrement les femmes, les jeunes et les personnes vivant dans les quartiers défavorisés, freinant leur accès au marché du travail.
Part du travail féminin en stagnation : après une progression continue, la participation des femmes au marché du travail plafonne, en raison d’un accès limité aux crèches, d’un partage encore inégal des charges familiales et d’un temps partiel encore trop souvent subi.
Image des métiers et pénibilité : certains secteurs souffrent d’une image dégradée ou offrent des conditions de travail difficiles, rendant plus complexes les recrutements et augmentant le taux de rotation.
Pour booster le taux d’emploi en France, plusieurs leviers complémentaires doivent être activés : adaptation de l’âge de départ à la retraite, formations de qualité, et accompagnement renforcé des publics les plus vulnérables sont au cœur d’une stratégie gagnante.
Relever progressivement l’âge effectif de départ à la retraite encourage la prolongation des carrières et augmente la part des seniors en emploi. L’exemple allemand démontre l’efficacité de mesures ciblées pour maintenir les plus de 55 ans dans la vie active.
Favoriser le cumul emploi-retraite, aménager les conditions de travail, et lutter activement contre les discriminations liées à l’âge participent à cette dynamique.
Selon France Travail et la Dares, la formation professionnelle augmente de plus de 9 % la probabilité de retrouver un emploi dans les deux ans suivant l’entrée en formation. Une excellente piste pour améliorer l’employabilité des personnes en recherche d’emploi.
Adapter les formations académiques aux besoins du marché et privilégier les filières porteuses (numérique, transition écologique, santé) maximisent les chances d’insertion durable. Les personnes éloignées de l’emploi ou de plus de 50 ans bénéficient particulièrement des effets positifs de la formation ciblée.
Des dispositifs comme Equip’Emploi, cofinancés par le FSE, démontrent l’efficacité d’un accompagnement intensif : suivi personnalisé, immersion en entreprise, actions « hors les murs » et synergie locale avec partenaires économiques et sociaux.
Les résultats sont probants : près de 30 % des bénéficiaires retrouvent un emploi à la sortie du dispositif. L’accompagnement doit cibler les femmes, les jeunes, les seniors en recherche longue, et les bénéficiaires de minima sociaux pour lever les freins spécifiques à chaque public.
Le renforcement de l’accompagnement des personnes en recherche d’emploi constitue un levier décisif pour favoriser leur retour durable à l’activité et contribuer ainsi à la hausse du taux d’emploi.
L’activation coordonnée de ces leviers structurels est indispensable pour converger vers les taux d’emploi des pays européens les plus dynamiques et ainsi renforcer la cohésion sociale et la performance économique française.